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Justice : le coup de gueule du représentant du collectif du Chambon dans une lettre ouverte au Procureur de la République de Grenoble

C'est un véritable coup de gueule que pousse Philippe Raybaudi, le représentant du collectif du Chambon, face à la justice. En effet, c'est après avoir été le témoin d'un vol, avoir contacté la gendarmerie et que l'affaire ait été classée sans suite, qu'il a décidé d'écrire cette lettre ouverte au Procureur de la République de Grenoble. Il y demande la réouverture de cette affaire. Il tient à souligner que cette "lettre ouverte n'est qu'une première démarche vers une demande de résolution que nous souhaitons pacifique mais dont la détermination à être indemnisée pourrait bien vous surprendre !". Il souligne également qu' "Il n'y a pas que l'affaire du Tunnel du Chambon qui peut faire bouger les montagnards."

Lettre ouverte à Monsieur le Procureur de la République de Grenoble

Massif de l'Oisans (Isère) le 4 décembre 2016

APPEL À LA JUSTICE EN CES TEMPS INCERTAINS !

Monsieur le Procureur de la République

Comme beaucoup de concitoyens, nous sommes un certain nombre à se poser la question de savoir à quel moment nos institutions judiciaires se décideront à développer des moyens efficients pour mettre devant leurs responsabilités tous les auteurs de cette délinquance toujours plus insidieuse – et dont un nombre grandissant de ces individus se moque largement de l'autorité que notre justice est censée représenter - et quand seront enfin mis en place des dispositifs dignes de notre pays (soi-disant berceau des droits de l'Homme) destinés à soulager réellement et à indemniser correctement et rapidement les victimes ? (voir les rapports édifiants de la Cour des Comptes sur la prise en charge des victimes d'infractions)

Monsieur le Procureur de la République, je suis un homme simple et j'aime les choses simples. C'est probablement le cas de tous les braves gens et comme je n'ai pas fait beaucoup d'études et que je n'ai pas embrassé une grande carrière professionnelle, je ne vais pas vous faire perdre votre temps, certainement précieux, avec un trop long et ennuyeux pamphlet.

Je vais simplement prendre un exemple pour illustrer ma sollicitation qui est également celle de mes voisins : les gens simples préfèrent les illustrations aux longs discours.

Monsieur le Procureur de la République, j'habite seul dans un hameau isolé en pleine montagne et j'ai eu, il y a 72 heures, l'aventure désagréable d'être à la fois le témoin d'un vol (sur une des résidences secondaires voisines) et successivement d'avoir permis, par mon intervention (seul, à 2h30 par une nuit sans lune et sans arme) d'interrompre ce vol et de permettre l'identification de l'auteur des faits par les gendarmes qui ont pu ainsi intervenir en flagrant délit.

Monsieur le Procureur de la République, il n'est pas simple à mon âge et totalement isolé en montagne d'intervenir en pareille situation lorsque l'on a à l'esprit que la gendarmerie la plus proche est à 15 km de routes sinueuses et parfois difficiles du fait des conditions climatiques à 1400 mètres d'altitude ; et c'est d'autant plus vrai lorsque l'attente sur le numéro d'appel d'urgence dure plus de 9 minutes avant d'avoir un opérateur en situation de commencer à évaluer les moyens à déplacer.
Sur ce point, je ne m'étendrais pas ! : c'est un constat parfaitement déplorable et totalement inadmissible. Quand on travaille depuis 40 ans, que l'on paye autant d'impôts pour trop de gaspillages (mon regard se tourne encore vers les rapports de la Cours des Comptes) et que (c'est mon cas) on vote à toutes les élections… il y a de quoi trouver la pilule hypnotique impossible à avaler.

Monsieur le Procureur de la République, malgré ce flagrant délit exécuté de main de Maître par les gendarmes de la Brigade de Bourg d'Oisans, vous avez décidé immédiatement après l'interpellation de l'auteur du vol de classer cette affaire sans suite malgré, à ma connaissance déjà 3 plaintes, puisque les vols se succèdent dans notre hameau et dans tout le secteur.

Monsieur le Procureur de la République, je me demande comment vous comptez faire pour enrayer cette situation si personne ne prend la décision de mettre devant leurs responsabilités les auteurs de faits délictueux lorsque l'on a la chance de les intercepter ?

Monsieur le Procureur de la République, je me demande également comment vous allez éviter que s'organise un mouvement spontané d'autodéfense de citoyens exaspérés ? Comment croyez-vous qu'une population isolée en montagne peut réagir fasse à ce qui nous apparaît comme un déni de justice ? Comment comptez-vous gérer les débordements ? alors que vous savez, tout comme j'en suis parfaitement conscient, que l'on ne doit pas se faire justice soi-même !

Monsieur le Procureur de la République, nous sommes à même de comprendre (même nous autres, pauvres bougres de montagnards qui respirons un air moins riche en oxygène que celui des villes) que la réaction à certains faits qualifiés de « mineurs » par nos lois (mais qui ne le sont pas toujours pour les victimes) mérite une réponse appropriée ; la répression à l'emporte pièce ou l'emprisonnement n'étant que très rarement des solutions profitables à une réinsertion sociale souhaitable, il n'en reste pas moins que le classement sans suite n'est absolument pas le type de réponse attendu par les citoyens ; ne nous étonnons donc pas de la tournure « populiste » que prend le paysage politique dans le monde, en Europe ou en France.
Est-ce voulu par certaines « élites » ? Ne nous laissons pas aller à la trop simple théorie du complot !, mais une amende, le remboursement complet des victimes et un travail d'intérêt général (en guise de réponse à caractère pédagogique) nous semblent des pré-requis incontournables.

Monsieur le Procureur de la République, nous sommes un certain nombre de victimes à penser qu'une comparution devant la juridiction appropriée aurait des effets, d'une part, psychologique sur l'auteur des faits, et d'autre part, permettrait probablement de faire la lumière sur d'autres affaires que visiblement vous avez volontairement dissociées ; on se demande bien pourquoi ? Puisque lorsque des preuves sont déjà présentes on pourrait penser que c'est aux juges (et éventuellement aux experts chargés de les éclairer techniquement) de faire la lumière sur l'ensemble des problématiques que vous empêchez semble-t-il par ce mécanisme du classement sans suite qui nous paraît incompréhensible et, à minima, prématuré !

En effet, Monsieur le Procureur de la République, la situation matérielle réelle de l'auteur de ce vol et son train de vie n'ont pas été opposés à ses déclarations « pleurnichardes » et ce classement sans suite immédiat laisse à penser que la parole du voleur compte largement plus que celles des victimes ; avouez que c'est fort de café !

Aussi, Monsieur le Procureur de la République, nous en appelons à votre bon sens et aux valeurs de notre société pour que l'enquête initiée par les gendarmes soit ré-ouverte et poursuivie par exemple (c'est une première piste…) par la fourniture des factures d'entretien du véhicule de loisirs de la famille de l'auteur du vol (une Mégane Sport) qui, déjà rien que sur ce poste de dépenses (voir le Garage Guithon au Freney d'Oisans), offrirait aux enquêteurs (puis au tribunal) une « petite » idée du style de vie de l'individu, de son réel pouvoir d'achat et donc de la manière dont il se moque des forces de l'ordre, de la justice et des victimes sur ses soi-disant problèmes financiers… Nous sommes dans un tout petit village (avec 8 hameaux) de 260 habitants en tout et tout le monde se connaît et connaît les origines familiales, l’aisance financière des parents et de la belle famille, les activités professionnelles et les moyens « visibles » de l'individu.

Il va de soi, Monsieur le Procureur de la République, qu'aucune des victimes ne compte en rester là… cette lettre ouverte n'est qu'une première démarche vers une demande de résolution que nous souhaitons pacifique mais dont la détermination à être indemnisée pourrait bien vous surprendre !

Il n'y a pas que l'affaire du Tunnel du Chambon qui peut faire bouger les montagnards.

Monsieur le Procureur de la République, c'est donc en parfait citoyen imbécile (car c'est bien comme cela que nous avons, avec mes voisins, encaissé votre décision) que je vous prie d'agréer mes respectueuses salutations, en espérant une évolution de votre analyse.

Philippe Raybaudi

Hameau de Puy-le-Haut
38142 Le Freney d’Oisans