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DECR!PTAGE - Le Colporteur du 13 novembre 2017

Histoire d'eau

Bonjour à toutes et à tous,

« Histoire d'eau »… c'est le titre que j'ai donné à ma petite intervention hebdomadaire en me doutant bien que nombre d'entre vous se demanderaient si mon inspiration ne découlait pas d'un lendemain de week- end trop arrosé !
Soyons clair comme de l'eau de roche : il n'est pas question dans ce billet, de faire référence à « Histoire d' O », avec la 15ème lettre de notre alphabet, ce sulfureux roman qui dans les années cinquante avait défrayé la chronique.

Mon « Histoire d'eau », elle, n'a rien à voir non plus avec la bataille de l'eau lourde, qui durant la seconde guerre mondiale, a vu les alliés se démener pour priver l'armée allemande de cet élément fabriqué par le Norvégiens et primordial dans la composition de l'arme nucléaire.

Non, cette semaine c'est de ressources en eau, H2O, dont je veux vous entretenir. Celles-ci, rappelons-le, sont de différentes origines : il y a les nappes souterraines, les cours d’eau et les lacs… qui sont autant de ressources naturelles. Ces sources potentielles d’approvisionnement ont pour rôle de satisfaire nos besoins en eau domestiques ou économiques. Les autres sources, créées par l’homme, sont, elles, considérées comme étant artificielles. On parle là de plans d’eau ou de canaux. Quant aux eaux littorales, elles peuvent aussi constituer une ressource en eau notamment dans certaines régions côtières, ce qui exclut d'emblée notre territoire des Alpes du Sud. En revanche, soulignons que les citernes ou autres puits ne sont pas des ressources mais des dispositifs de stockage.

Ce préambule étant établi, nous en venons à la préoccupation du moment et à la pénurie en eau potable qui semble - si l'on en croit certains élus de Gap - menacer les foyers de la ville préfecture. A ce stade, difficile de savoir ce qu'il en est vraiment. Et de distinguer ce qui relèverait de faits avérés ou de simples querelles au sein du microcosme politique local. D'un côté, nous avons une poignée d'élus d'opposition de gauche, et de l'autre ceux de la majorité municipale du groupe « Gap Devant » qui sont en fait tous … derrière leur Premier Magistrat, Roger Didier.

En résumé, les premiers reprochent aux seconds de ne pas avoir anticipé des solutions pour solutionner à court et à long terme le problème récurrent de l'approvisionnement en eau de la ville. Et comme « gouverner, c'est prévoir », les opposants à M.Didier laissent ainsi entendre en filigrane que le maire de Gap ne fait pas le job…

A ce stade de mes explications, je ne peux m'empêcher de repenser à cette citation du dramaturge autrichien Arthur Schnitzler que l'un de mes enseignants universitaires préférés aimait à rappeler en parlant de nos élus . « Il y a trois sortes d'hommes politiques : ceux qui troublent l'eau, ceux qui pêchent en eau trouble… et ceux - plus doués - qui troublent l'eau pour pêcher en eau trouble ! »

Ce qui est certain, c'est que les épisodes de sécheresse sont de plus en plus réguliers et que la préservation de nos ressources en eau doit s'imposer comme une priorité. Même si, à en croire le Centre d'Information sur l'Eau, une pénurie n'est pas à craindre en France. Selon ces spécialistes, la capacité élevée de stockage ainsi que la pluviométrie et les importantes nappes souterraines sont autant de garde-fous pour assurer l'approvisionnement nécessaire. Mais qu'en est-il réellement dans les Hautes Alpes ? Et quelles sont les ressources disponibles ?

Il y a en premier lieu les précipitations qui touchent notre territoire. Même en quantité plus limitées, les eaux météoriques (averses, ondées et autres chutes de neige) ne restent pas anecdotiques. Il faut savoir toutefois que 61 % de ces précipitations s'évaporent, le reste étant réparti entre les eaux qui s'infiltrent dans le sol pour reconstituer nos réserves souterraines (23 %), et l'alimentation de nos cours d'eau (16 %). Or, l’ensemble de ces cours d’eau dans les Hautes-Alpes représente une longueur totale de plus de 2000 km si l'on en croit les données de la Fédération départementale de pêche. A cet ensemble de 59 rivières et torrents, il convient de rajouter les 32 km² de lacs - dont 48 d'altitude -, plans d'eau et retenues artificielles au premier rang desquelles Serre Ponçon. C'est sûr, au-delà du niveau plus ou moins satisfaisant des précipitations et de l’écoulement total, les Hautes-Alpes jouissent donc de très bonnes capacités naturelles de stockage grâce aux chaînes de montagnes et à d’importants aquifères souterrains. Autant dire qu'à l'heure où l'ONU tire la sonnette d'alarme et prévoit que les 2/3 de l'humanité vont se retrouver en « stress hydrique » dès 2025 - c'est-à-dire demain -, nous sommes assis, vous êtes assis chers Haut-Alpins, sur un véritable trésor... Aussi, si le réchauffement climatique en cours se poursuit, s’il se confirme, et si des événements hydrologiques exceptionnels (inondations, pluies intenses, tempêtes, sécheresses) sont appelés à se multiplier jusqu'à induire à long terme des contraintes sur les ressources en eau et leurs utilisations, peut-être conviendrait-il de lancer un « grand programme eau » destiné à faire de cet élément la première richesse de notre département.

A cela, il faut ajouter les consommations du travail…

En France, nous sommes tous directement ou indirectement à l’origine d’un certain nombre d’utilisations d’eau collectives. Car en dehors de nos foyers, l'eau est également foncièrement utile : agriculture, production industrielle, transport, nettoyage des cités, énergie sont de gros consommateurs.

A la maison, la consommation d'eau domestique n'a cessé - elle - de progresser. Elle est passée en moyenne de 106 litres par jour et par habitant en 1975, à près de 150 litres d'eau actuellement. Étant entendu que 93 % de cette eau que nous utilisons au quotidien sont dédiés à l'hygiène et au nettoyage. Alors, faute de ne plus pouvoir nous doucher, et en attendant de nous voir contraint de prendre le pastis pur, j'ai imaginé le Président Mac Mahon découvrant avec stupéfaction la carte du réseau hydrographique haut-alpin. Parce qu'en l'occurrence, sa célèbre exclamation « Que d'eau, que d'eau... » aurait été beaucoup plus approprié qu'à l'époque, devant des Toulousains en proie à une crue ravageuse de la Garonne…

Ceci dit, à bon entendeur, le Colporteur vous salue bien

Le Colporteur