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Hautes-Alpes : mobilisation réussie ce mercredi sur le pont de Savines contre la privatisation de Serre-Ponçon et des barrages

On peut parler de réussite pour la mobilisation de ce mercredi sur le pont de Savines le Lac contre la privatisation de barrages : au moins 700 personnes selon les autorités, près d'un millier selon les participants... une performance au regard du mauvais temps et de la pluie qui n'a cessé de tomber dans le secteur de Serre-ponçon. Un rassemblement hétéroclite avec avant  tout des Gilets Jaunes mais aussi des syndicats comme la CGT, le mouvement de la Paix, le parti communiste. Bref un succès pour cette mobilisation au regard des conditions climatiques mais un regret, celui de ne pas avoir réussi à élargir le cercle sur un thème aussi transversal que la privatisation des barrages qui devrait dépasser les clivages habituels. Ce sujet d'importance (lire ci-dessous)  devrait en théorie motiver une union bien plus large et an particulier l'ensemble des élus qui n'étaient pas au rendez-vous de cette initiative à part le maire voisin de Savines le Lac, Victor Berenguel. Celui qui est aussi président du Samadesep qui gère les rives de Serre-Ponçon est venu dire son opposition à ces perspectives de privatisation. A la mi-journée, d'autre maires dont celui de Guillestre, celle de Rousset, celui de Monêtier-Allemont ont rejoint le rassemblement.

Une cinquantaine de gendarmes ont veillé au grain avant que la manifestation ne se transporte à Rousset au-dessus du barrage de Serre-Ponçon.

La circulation a aussi été perturbée. Si les véhicules légers ont pu de leur côté emprunter les petites routes via Puy Sanières, il a fallu de la patience pour les cars et les poids lourds qui dans les Hautes-Alpes n'ont d'autre choix que de passer par le pont de Savines avec parmi eux, signe du printemps des camions chargés de brebis en partance pour les alpages.

« Quand tout sera privé, on sera privé de tout » était-il écrit sur la banderole déployée puis accrochée sur le pont.

Photos jean-Claude Eyraud

 

 

Sur le fond

Voilà déjà 5 ans que nous pointons du doigt l'enjeu majeur que constitue la perspective de privatisation à terme des barrages en France. Les grandes réserves d'eau, mais aussi d'électricité sont évidemment stratégiques, et en France 433 sont la propriété de l'État et 75% sont exploités par EDF. Mais la Commission européenne dénonce ce monopole et demande à la France d'ouvrir à la concurrence.

Attisé par le débat autour de la privatisation d'Aéroport De Paris, le sujet monte en puissance : 107 élus de toutes étiquettes pressent le gouvernement de s’opposer à cette perspective  et demandent que les barrages soient considérés comme des services d’intérêt général. C'est le sens des déclarations du Ministre de l’Économie qui a déclaré " avoir la ferme intention d'obtenir gain de cause à Bruxelles".

Mais pour les députés contestataires, « le gouvernement actuel n’est pas clair sur ses intentions ». D’ailleurs, seuls deux députés de la majorité ont signé la proposition de résolution : ils ne désespèrent pas de rallier d’autres marcheurs en appelant à leur liberté de conscience.

Mais dans les territoires touristiques comme les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence, le débat prend une toute autre dimension : aux arguments relatifs à la sécurité, aux garanties pour l'agriculture, s'ajoute une autre dimension... le tourisme.

Dans notre région, Serre-Ponçon comme Sainte-Croix sont devenus de véritables poumons économiques : on imaginerait plus les Alpes du Sud sans le lac de Serre-Ponçon.

Problème, la loi ne prévoit pas cette vocation et c'est parce qu'elle le veut bien que l'entreprise EDF veille aux intérêts du territoire en garantissant par exemple, et ce n'est pas rien, le remplissage du lac l'été. De la même manière, elle participe à la gestion globale de la retenue.

Quid alors d'un privé qui n'aurait que pour impératif que la loi de 1955 : la production d’électricité, la régulation de la Durance, et l'irrigation de la Provence ?
La loi de 1955 à l’origine du barrage de Serre-Ponçon est très claire : elle donne à l’aménagement de la Durance et du Verdon trois missions : produire de l’électricité, assurer les besoins en eau pour l’irrigation de la Basse Durance et lutter contre les crues.

Certes, ainsi que certains l'avaient proposé, la loi aurait pu être depuis modifiée, mais ce type de combat n'avait pas retenu l'attention chez des élus où la vision et le courage politique n'est pas toujours la priorité. Aujourd'hui, l'inquiétude se fait jour à l'image de ses propos de Victor Berenguel, maire de Savines le Lac et président du syndicat qui gère les rives du lac.

Il faut le savoir : l’ensemble de la chaîne hydroélectrique Durance-Verdon rassemble 32 centrales. L’ensemble forme l’un des cinq plus importants sites hydrauliques de France.

 

 

 

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