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Hautes-Alpes : la kératoconjonctivite sévit à nouveau dans les Ecrins

Cette pathologie infectieuse, désormais bien connue, qui touche les yeux de certains ongulés a été repérée dans l'Embrunais sur des chamois. Pour l'instant, moins de 30% des animaux sont atteints.Avec les déplacements des mâles au cours du rut qui a lieu actuellement, il est possible que d'autres foyers apparaissent par le jeu de la contagion... Le mieux est de laisser faire.

Lors de la campagne de chasse au chamois sur le secteur de l’Embrunais, quelques animaux présentés en commission de contrôle du plan de chasse présentaient des signes de kératoconjonctivite infectieuse. Une première estimation de la prévalence de la maladie a conduit à la fermeture de la chasse au chamois sur 2 communes, Réallon et Chateauroux les Alpes, à l’initiative des sociétés locales.

"La kérato-conjonctivite du chamois est une maladie infectieuse très contagieuse qui touche les yeux de cet ongulé" rappelle Michel Bouche, technicien patrimoine du Parc national des Ecrins dans l'Embrunais et vétérinaire de formation.

"Elle est connue et étudiée depuis 1977, date à laquelle une spectaculaire épizootie s’était développée dans le massif des Bauges. Les Pyrénées, puis la Vanoise avaient été massivement touchées dans les années 1980. Dans les Hautes-Alpes cette maladie a sévi dans le Queyras en 2005-2006, puis dans l’est du massif des Écrins. Depuis, elle est endémique : on observe toujours quelques chamois ou bouquetins présentant des signes, mais avec un pourcentage très faible. Il existe aussi des animaux porteurs sains. Parfois, on constate une flambée, comme c’est le cas aujourd’hui, liée à une perte d’immunité (la majorité des animaux immunisés ont disparu)."

Aujourd’hui les échantillonnages effectués par les agents du Parc national indiquent que moins de 30 % des animaux sont atteints, la plupart aux premiers stades de la maladie. Cette surveillance va continuer au cours de l’hiver pour « suivre » la maladie dans l’espace et en termes de prévalence (pourcentage d’animaux malades).

Avec les déplacements des mâles au cours du rut qui a lieu actuellement, il est possible que d'autres foyers apparaissent par le jeu de la contagion...

"Cette épisode pathologique, aussi spectaculaire soit-il, ne menace pas les populations de chamois" résume Michel Bouche. " Le mieux est de ne pas intervenir : l'immunité acquise par les animaux qui guérissent (85%)  reste le meilleur frein à la persistance de la maladie".

Bien entendu, les mesures cynégétiques permettant la tranquillité des animaux et la préservation des femelles et des éterlous sont toutefois bienvenues. En l'occurence, "la Fédération départementale de la chasse des Hautes-Alpes a joué son rôle de gestionnaire en alertant les sociétés locales qui, pour celles qui sont concernées, ont décidé de fermer la chasse sur deux communes" remarque Ludovic Imberdis, chargé de mission faune au Parc national.

D'expérience, on sait que "la population de chamois va récupérer ses effectifs initiaux rapidement, comme l’ont montré les précédents passages de la kérato-conjonctivite" rappelle encore Michel Bouche qui souligne par ailleurs que "le risque de transmission à la faune domestique est négligeable pour deux raisons. Tout d'abord, la transmission se fait essentiellement par contact. Ensuite, les mycoplasmes responsables de cette maladie sont très plastiques : ainsi, la coévolution du germe lors de son passage sur le chamois rend le retour sur le mouton domestique difficile voire impossible."

Photo : le Parc National des Ecrins

Prudence
Hautes-Alpes