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Hautes-Alpes : les sentinelles du climat au chevet du pastoralisme

COMMENT L'AGRICULTURE ET LE PASTORALISME DE MONTAGNE VIVENT-ILS LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ?  

Dans le massif du Dévoluy (Hautes-Alpes), Sébastien Arnaud, un jeune agriculteur et éleveur de brebis mérinos, vit au rythme de son troupeau conduit vers les sommets durant l'estive et le travail quotidien de la laine naturelle. Un savoir-faire familial transmis de génération en génération depuis 1817. Une activité agricole et pastorale qui n'échappe pas aux aléas climatiques...     

 

Une passion ancestrale

Dans cette enclave naturelle qui a su concilier agriculture, développement économique et préservation des milieux, la pratique pastorale se fait en communion avec la nature.  C’est là, que vit la famille Arnaud, qui élève des brebis mérinos, produisant la 1ère laine à tricoter mérinos bio et naturelle entièrement fabriquée dans le Dévoluy. Une passion de l’élevage et le souvenir d’un savoir-faire ancestral transmis par les grands-mères de la famille durant les veillées d’hiver, au gré des histoires ou des rempaillages de chaises.

A la tête de la ferme Flouka, du nom donné à la bête de tête qui mène un troupeau ovin "La floucas", Sébastien Arnaud (40 ans) aime ses bêtes comme personne. Avec un cheptel de quelques 800 têtes, il élève ses moutons et béliers mérinos afin de collecter leur toison. Une laine tondue sur place, lavée sans produits chimiques  puis transformée et filée en France.

 

Vivre avec le climat

Mais à l'heure où les questions climatiques font la une de l'actualité, l'éleveur du Dévoluy est préoccupé pour son troupeau et pour ses bêtes comme une mère pour la santé de ses enfants.

"Nous, on mesure de plus en plus au quotidien le changement climatique et on le vit difficilement. Il n’y a pas de saison, on n'a pas d’hiver, pas vraiment d’été, des gros coups de sec, moins de pluies régulières. Tout cela impacte le quotidien dont notre élevage" dit-il.

"Tout ceci est compliqué. Mieux vaut qu’une bête mange de l’herbe fraîche que du fourrage moins riche, qui demande des compléments alimentaires. Tous les jours, je me pose la question comment parer à tout cela. Ainsi, dans l’entretien de mes terres, je vais essayer de ne pas couper d’arbres et les laisser pousser pour faire des zones d’ombre. Les haies, je vais les préserver au maximum. J’ai arrêté de faire du labour car dans le Dévoluy, les sols sont trop cassants et pauvres. Je préfère autant profiter de ce que la terre m’offre et entretenir simplement ma terre plutôt que de faire des labours au faible rendement. J’utilise uniquement du fumier de mes brebis que j’épends au printemps et à l’automne avant de faire pâturer raisonnablement mes bêtes. Je pense que mes bêtes ressentent le réchauffement climatique. On va vite le voir. Moi qui suis producteur de laine, sa qualité va dépendre de la santé de ma bête. Si la qualité vient à se dégrader, je saurai que c’est notamment à cause du changement climatique. Il n’y a pas que la laine qui va pâtir du climat. Il y a aussi les bêtes."

 

Optimiste pour l'avenir de son territoire

Si Sébastien Arnaud est préoccupé par le climat et pour la santé de ses bêtes, il n'en demeure pas moins optimiste pour l'avenir de son territoire, de son département de montagne mais aussi pour son métier d'éleveur.

"Mon métier, je le vois beau malgré les contraintes journalières. Dans le Dévoluy, on a un massif tellement spécifique que je crois que nos montagnes vont nous protéger y compris face au dérèglement climatique. Cela nous permet de maintenir une agriculture riche, raisonnée et des montagnes vertes. C’est la configuration du massif du Dévoluy qui va nous protéger". Et de conclure : "D’une façon plus générale, les Hautes-Alpes ont des atouts à faire valoir face au climat. Nous avons de belles montagnes qui nous apportent de l’humidité. Les nuages s’accrochent aux montagnes et font retomber un peu d’humidité qui sonne à certaines périodes comme un bienfait. A nous d'en profiter tout en préservant cette richesse donnée par la nature".

 

Le Dévoluy

Voilà un territoire qui affirme dans ses paysages, une minéralité forte et prégnante marquée par trois hauts sommets que sont le Grand Ferrand (2758 m), la Grande Tête de l’Obiou (2789 m) et le Pic de Bure avec ces 2709 m, particulièrement réputé pour son plateau, désert minéral qui accueille depuis les années 1977, les antennes de l’observatoire de l’Institut de Radio Astronomie Millimétrique (IRAM). Un paysage façonné aussi depuis la fin des années 60 par l’économie touristique, à l’image des stations de sports d’hiver de Superdévoluy et de la Joue du Loup. Un cadre naturel qui se découvre également depuis les sommets mais aussi sous terre, avec de nombreuses cavités naturelles (chourums), terrain de prédilection pour les passionnés de spéléologie et de sensations fortes.

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