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Hautes-Alpes  / Adossement de l'A51 à la rocade de Gap : "les Gapençais paieront plusieurs fois" selon Gap Autrement

Vous le savez, le maire de Gap Roger Didier a fait connaître son intention d'adosser la rocade de Gap à l'autoroute A51. S'appuyant sur le décret "Joël Giraud" du 14 août, cela lui permettrait de faire réaliser ses travaux plus vite et à moindre coût, à travers aussi le prolongement de la RN 85 entre la Saulce et Gap en 2x2 voies. 

L'équipe municipale de Gap Autrement a vivement réagi. "Les Gapençais paieront plusieurs fois" dénoncent-ils. Les habitants "ne doivent pas avoir à payer deux fois cet ouvrage, par leurs impôts et par un péage." Le maire de Gap est aussi montré du doigt par "sa responsabilité à géométrie variable", lorsque les choses vont bien, tout va bien, et lorsque les choses vont mal, tout va mal, selon Gap Autrement.

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Nous vous le révélions ce week-end, un projet d'Autoroute du quotidien entre la Saulce et la rocade de Gap est bien dans les tuyaux; En effet grâce à un décret dit Joël Giraud " pris en Conseil d'Etat le 14 août dernier, une route nationale ou départementale peut être adossée à une autoroute existante. Un dispositif gagnant à la fois pour l’état, qui peine à financer l'entretien et la création de nouvelles voies, pour les sociétés d'autoroute qui, en contrepartie, voient la durée de leur concession allongée, et pour les usagers qui bénéficient d'une portion rapide supplémentaire sans péage. Et c'est le scénario envisagé pour la suite de l'A 51 JMP, et qui semble plaire au maire de Gap pour qui "Puisque la réglementation nous le permet désormais, pourquoi ne pas faire appel à un acteur privé, qui est prêt à financer ce projet et qui pourrait le faire de façon plus rapide ? "

Dossier

Après l' abandon de la poursuite de l' autoroute A 51 entre La Saulce et Grenoble ou plus précisément son report après 2050 (!), l'une des pistes étudiées est celle d'aménagements routiers sous forme de voie rapide concédée c'est à dire privatisée. Ainsi pourrait-on voir dans notre secteur une voie rapide à péage entre La Saulce et Montgardin via la vallée de l'Avance. Un décret (du 14 août !) porté par l'ex député des Hautes-Alpes devenu secrétaire d’État en charge de la ruralité, Joël Giraud, énonce en effet désormais de quelle manière certaines sections de routes nationales pourront être classées dans la catégorie "autoroute"... et donc concédées. Le décret indique ainsi que des portions de routes gérées par l’État, avec un profil 2x2 voies et chaussées séparées, situées dans le prolongement d'une autoroute, peuvent être intégrées au réseau d'autoroutes et donc être potentiellement concédées et justement lors de la présentation de ce décret, l'exemple cité était justement le prolongement de l'A51 à gabarit routier entre le péage de La Saulce et la vallée de l'Avance, qui pourrait désormais aller jusqu'à l'intersection de la RN94 et de la RD942 à Montgardin.

L'idée est de désengorger ce genre de tronçons, en échange de leur entretien par les concessions, en l’occurrence Vinci/Escota, à condition qu'ils soient "couverts par une augmentation des tarifs raisonnable", le "deal pouvant être un allongement de la durée de la concession sur l'autoroute.

Mais les choses sont en fait plus compliquées. Une étude a été lancée pour le département des Hautes-Alpes et les résultats ne vont pas du tout dans cette direction longtemps soutenue par le député Giraud .

Ce qui est préconisé est plutôt une voie rapide entre la sortie de l’autoroute à la Saulce et Gap sous forme de 2 fois 2 voies sur la RN 85 jusqu'à la rocade en lente réalisation dont la gestion pourrait aussi être privatisée. Il s'agirait d'une "autoroute du quotidien" (sic) concédé à Vinci reliant donc la rocade et à terme la RN 94. En clair dans un futur encore lointain on passerait par Gap pour rejoindre Chorges et la route des stations et du Briançonnais...En attendant la vallée de l'Avance va faire l'objet d'aménagement avec des recalibrages ponctuels pour anticiper sur les jours de grand trafic et un nouveau rond point à (en version "light") pour régler le problème du feu de l'aérodrome de Tallard. Rien en revanche pour le légendaire bouchon de Montgardin les vendredi, samedi et dimanche en saison.

Quant à l'accès depuis le nord , depuis Grenoble... il va falloir prendre là aussi son mal en patience et il est presque plus probable de voir de notre vivant les voitures voler que ce chaînon manquant réalisé....

Après ces informations que nous nous avons révélé ce week-end, le maire, Roger Didier, demande à l'Etat d'adosser la future rocade à l'A51 grâce à ce fameux décret du 14 août dernier qui rend la perspective possible.

Dan TPBM il explique ainsi :

Un mois après avoir demandé à l'Etat la maîtrise d'ouvrage de la réalisation de la rocade de Gap, qui peine véritablement à voir le jour, le maire, Roger Didier, émet une autre idée, plus avantageuse à bien des égards. L'élu compte se saisir d'une opportunité légale : confier la réalisation et le financement de cette voie de contournement à Vinci, concessionnaire de l'A51. Comment ? Par le biais de l'adossement. Grâce à un décret pris en Conseil d'Etat le 14 août dernier, une route nationale ou départementale peut être adossée à une autoroute existante. Un dispositif gagnant à la fois pour l'Etat, qui peine à financer l'entretien et la création de nouvelles voies, pour les sociétés d'autoroute qui, en contrepartie, voient la durée de leur concession allongée, et pour les usagers qui bénéficient d'une portion rapide supplémentaire sans péage.

Le maire de Gap espère ainsi s'assurer de l'aboutissement de la rocade, et à moindre coût. « L'Etat annonce une mise en service de la section centrale de Charance en 2024, soit dix ans de travaux pour construire une route de 3 km ! Quant au coût, il a bondi de près de 20 M€ en dix ans pour atteindre 56,3 M€. C'est de l'argent public qui est en jeu. Puisque la réglementation nous le permet désormais, pourquoi ne pas faire appel à un acteur privé, qui est prêt à financer ce projet et qui pourrait le faire de façon plus rapide ? », s'interroge-t-il.

Il estime aussi que cette configuration placerait Gap « au cœur d'opportunités de développement économique, entre la métropole d'Aix-Marseille, Grenoble et l'Italie ». Elle permettrait a minima aux usagers d'accéder au nord de Gap plus rapidement qu'aujourd'hui, alors que la perspective d'un prolongement de l'A51 s'est éteinte depuis longtemps.

L'idée d'une voie rapide dans la vallée de l'Avance semble donc être passé aux oubliettes et la poursuite même de l'A 51 n'est plus vraiment dans l'air du temps selon Jean-Michel Arnaud, sénateur mais surtout ex-maire concerné de Tallard.

De son côté, le Département des Hautes-Alpes, co-financeur de la rocade de Gap, "applaudit des deux mains" ce possible adossement de l'A51 à la rocade. Si ce projet est retenu, ce sera sans une dépense des collectivités locales, ce qui donne le sourire à Marcel Cannat, vice-président en charge du réseau routier :

Deux ans après le début du mouvement des gilets jaunes, une quarantaine de manifestants se sont rassemblés au rond-point des sénateurs suite à l'appel d'Attac et du nouveau collectif écologiste Adieu Glacier 05 pour protester contre la privatisation de la rocade de Gap par l'extension de l'autoroute A51. Les manifestants ont symboliquement élevés de fausses barrières de péages pour protester à la fois contre cette privatisation et l'artificialisation des sols qu'impliquerait de tels travaux. Comme nous l'explique : José Pluki, membre du collectif Adieu Glacier 05. 

 

L'analyse du magazine spécialisé "Auto Plus:

"Il s'agit d'une manne pour les concessions autoroutières et "on peut se demander quelles répercussions pécuniaires aura, sur les usagers, la concession de ces tronçons de nationales (dans les Hautes-Alpes il s'agit d'une départementale . Car s'il n'est pour l'heure pas question (du moins pas encore) d'imaginer des péages sur les RN, on sait bien que les sociétés concessionnaires d'autoroutes n'ont pas vocation à se lancer dans le bénévolat. Pour preuve, le rapport de l'Autorité de régulation des transports (ART) publié fin juillet. En 2019, le taux de rentabilité des concessionnaires historiques s'établissait à 7,8 % Une rentabilité stable, voire légèrement en hausse depuis 2017. Même le confinement, qui a provoqué une baisse exceptionnelle du trafic autoroutier de - 80 %, n'entamera leurs profits que de manière modérée. L'ART estime que les sociétés de concessionnaires d'autoroutes ne perdront que deux milliards d'euros de chiffre d'affaires : pas de quoi remettre en cause leur rentabilité en 2020. Alors certes, l'argument d'entretenir des routes en piteux état (plus de 50 % sont à rénover, et 17 % du réseau routier national est très dégradé) plaide en leur faveur, mais à quel prix pour l'usager ? L'ART préconise de maintenir la gratuité de l'accès à ces sections en rallongeant les - juteux - contrats des concessionnaires. Mais ceux-là, prolongés à plusieurs reprises, courent déjà jusqu'en 2031 et 2036. Une suggestion qui va à contre-sens du chemin que prennent nos voisins européens, notamment l'Espagne, qui commence à renationaliser, et l'Italie, qui a résilié l'un des contrats à la suite de l'effondrement du pont de Gênes.

 

Veni vidi vinci
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